Si Paris et Versailles règnent en maître sur l’Île-de-France, cette jolie région au potentiel parfois injustement sous-estimé abrite de nombreuses merveilles historiques et patrimoniales qui valent le détour… De la forêt de Rambouillet à celle de Fontainebleau, du Parc de la Vallée de la Chevreuse aux paysages bucoliques de Seine-et-Marne, partons à la découverte de quelques établissements dans lesquels vous vous sentirez loin de la frénésie parisienne.

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Château de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne)

Pensé et construit à partir de 1641, le domaine de Vaux-le-Vicomte est le projet et l’œuvre d’un homme : Nicolas Fouquet. Le puissant Surintendant des Finances de Louis XIV a alors 26 ans et une ambition démesurée ; pour la première fois, il réunit les trois plus grands artistes de son siècle : Louis le Vau à l’architecture, André le Notre au jardin et Charles Le Brun à la décoration.

Le 17 août 1661, Nicolas Fouquet invite le Roi et toute sa Cour à venir découvrir la somptuosité de son château dont les travaux viennent de s’achever. François Vatel, maître d’hôtel du domaine, organise alors une fête restée célèbre dans l’Histoire : buffets somptueux, présentation de deux nouvelles comédies-ballets de Molière et Lully, promenades dans les premiers jardins à la française, feu d’artifice au-dessus du château ; tous les invités se rendent compte du degré de puissance et de richesse du propriétaire des lieux qui a même eu l’audace de faire sculpter son propre emblème, l’écureuil, un peu partout dans le château. Le Roi, qui à l’époque vit au Louvre et ne peut se permettre de proposer à ces sujets ce type de fééries, se sent profondément humilié. Il rentre à Fontainebleau avant la fin de la fête sans prendre la peine d’honorer de sa présence la chambre qui avait été spécialement créée pour lui… Trois semaines plus tard, le 5 septembre 1661, Fouquet est arrêté à Nantes par le mousquetaire d’Artagnan. Beaucoup feront un lien entre les deux événements, à l’image de Voltaire dont les mots « le 17 août, à 6h du soir, Fouquet était Roi de France, à 2h du matin, il n’était plus rien » sont restés célèbres. En réalité, lorsque Louis XIV quitte Fontainebleau pour se rendre à Vaux-le-Vicomte le soir du 17 août, le sort de son Ministre était déjà scellé. Jean-Baptiste Colbert, principal ennemi de Fouquet, avait réussi à convaincre le monarque des malversations de l’Écureuil. Celui-ci est condamné au bannissement à vie. Il finira son existence dans la forteresse de Pignerol où son destin rencontra celui de l’Homme au Masque de Fer au point que la légende finit par les confondre… Exceptionnel témoignage de la réussite fulgurante d’un homme au destin romanesque, le château de Vaux-le-Vicomte est encore aujourd’hui l’une des plus belles demeures de France. Ses propriétaires actuels, la famille de Vogüé, ont aujourd’hui à cœur de faire vivre aux visiteurs l’expérience du siècle de Fouquet, une époque où l’art de vivre à la française était à son apogée.

Pour ce faire, de nombreuses animations et événements sont organisés chaque année à l’image du « Week-end Grand Siècle », deux journées pendant lesquels les visiteurs sont invités à venir costumés pour faire revivre la cour de Louis XIV. De même, depuis l’an dernier, il est possible de visiter le château en revivant l’épopée de Nicolas Fouquet grâce à un parcours sonore théâtralisé en 3D où les principaux personnages de l’histoire du château nous accompagnent ; l’expérience est bluffante.

À Vaux-le-Vicomte, l’évasion est garantie : le domaine, situé en pleine campagne, propose une parenthèse enchantée au cœur du Grand Siècle à seulement une heure de la capitale !

Château de Fontainebleau (Seine-et-Marne)

À seulement quelques kilomètres de Vaux-le-Vicomte, le département de Seine-et-Marne abrite un autre joyau de notre patrimoine : le château de Fontainebleau. Du Moyen Âge au XIXe siècle, tous les souverains français, rois et empereurs confondus, ont vécu à Fontainebleau et ont laissé leur empreinte dans l’histoire et l’architecture du lieu.

Délaissé pendant la Guerre de Cent Ans, c’est François Ier qui redonne au château ses lettres de noblesse. Particulièrement séduit par le site et par son incroyable forêt, il y commande des aménagements spectaculaires destinés à refléter sa puissance et son goût pour l’esthétique italienne, pays dont il fait venir d’éminents artistes comme le Primatice et Rosso Fiorentino.

Château favori d’Henri IV, lieu de naissance et de baptême de Louis XIII, le château de Fontainebleau s’illustre ensuite en tant que berceau de la dynastie des Bourbons. Comme à Versailles, Louis XIV y fait travailler Le Nôtre, Le Vau et Le Brun. Louis XV mandate Jacques-Ange Gabriel, Louis XVI et Marie-Antoinette y aménagent des appartements en 1787 et les frères de ce dernier reviennent habiter le château au moment de la Restauration.

Cependant, Fontainebleau est surtout connu pour avoir été le principal palais de Napoléon Ier. L’empereur y fait une première visite en mai 1804. Dépouillé de ses fenêtres, de ses miroirs, du plomb dans sa toiture, vidé de son mobilier, Fontainebleau n’est alors plus que l’ombre de lui-même. Néanmoins, le charme opère ; Napoléon tombe amoureux du lieu et entreprend une rénovation complète de l’édifice. Dans la continuité des souverains de l’Ancien Régime, il installe ses appartements d’apparat au premier étage et effectue, à l’automne, des séjours de plus en plus fastueux. L’ancienne chambre du roi est transformée en salle du trône ; la grossesse de l’impératrice Marie-Louise y est solennellement annoncée. À Fontainebleau, la période napoléonienne est aussi marquée par le séjour du pape Pie VII, retenu captif au château pendant près de deux ans. Aussi, si Fontainebleau a été le témoin de la gloire de l’empereur, il sera aussi le théâtre de sa chute. Contraint de quitter son trône, il fit ses adieux à sa Garde au pied de l’escalier en fer à cheval le 20 avril 1814.

Après lui, le château vécut un nouveau règne : celui de son neveu, Napoléon III. Pour lui, Fontainebleau doit affirmer avec force et éclat la puissance de l’Empire. Avec son épouse Eugénie, ils apportent un confort supplémentaire aux appartements qu’ils font entièrement remeubler et créent leurs propres espaces à l’image du théâtre qui vient justement d’être restauré après plusieurs années de travaux.

Aujourd’hui, visiter le château de Fontainebleau, c’est (re)découvrir toute l’Histoire de France. Avec un peu plus de 800 ans d’occupation, il est le seul château à avoir accueilli tous les monarques français du XIIe au XIXe siècle. Résidence de villégiature, il témoigne de la vie officielle et intime des souverains et nous présente plusieurs siècles d’histoire de l’Art et de l’architecture.

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Château de Breteuil (Yvelines)

Niché dans un écrin de verdure au cœur du parc naturel de la Vallée de la Chevreuse, le château de Breteuil est un sublime témoignage de la vie quotidienne d’une des plus importantes familles de la noblesse française.

En 1712, le château de Breteuil, dont la première mention date de 1560, est transmis à Charles Le Tonnelier de Breteuil dont les héritiers n’auront de cesse de fréquenter les plus hautes sphères du pouvoir politique, artistique et littéraire à l’image de Gabrielle-Emilie de Breteuil, grande amie de Voltaire mais surtout femme de sciences qui s’illustre en étant la première personne à traduire en français les travaux d’Isaac Newton, et de Louis-Auguste Le Tonnelier de Breteuil, grand homme d’État.

Brillant médiateur durant la Guerre de Succession de Bavière, celui-ci est le principal acteur de la négociation du traité de paix de Teschen. En remerciement, il reçoit des mains de Frédéric-Auguste III une magnifique table comportant près de 128 pierres précieuses différentes. Longtemps conservée au château de Breteuil, la Table de Teschen est aujourd’hui présentée au Louvre ; on peut cependant admirer une superbe copie de cette œuvre d’art dans les appartements du premier étage. En 1785, Le Tonnelier de Breteuil, alors Ministre de la Maison du roi Louis XVI, est chargé d’arrêter le Cardinal de Rohan, victime d’un complot aujourd’hui célèbre sous le nom « d’Affaire du Collier de la Reine ». Grand ami de Marie-Antoinette, il quitte la France pour l’Allemagne dès les premières heures de la Révolution, le 17 juillet 1789.

Logiquement placé sous séquestre, le château de Breteuil redevient propriété de la famille en 1802. En 1881, Henri de Breteuil y reçoit son ami le futur roi Edouard VII et Léon Gambetta ; quelques années plus tard, cette rencontre débouche sur la signature de l’Entente Cordiale.

Aujourd’hui, le château de Breteuil appartient au petit-fils d’Henri, Henri-François, actuel marquis de Breteuil. Celui-ci a travaillé toute sa vie à la restauration du monument qu’il a ouvert à la visite dès 1967 ! Encore aujourd’hui, il participe activement à l’accueil du public en présentant lui-même l’introduction de la visite guidée. Une visite qui, à Breteuil, est particulièrement vivante : différents personnages de cires sont présents dans les pièces du château pour illustrer les plus importants épisodes historiques vécus par les membres de la famille au fil des siècles. Dans les jardins, l’expérience continue : les mises en scènes de huit célèbres contes de Charles Perrault accompagnent la déambulation du promeneur… Cendrillon vous accueille dans les écuries, Peau d’Âne vous conte son histoire près du lavoir et Barbe Bleue vous fait peur dans le salon de chasse ; tout un programme qui fait le bonheur des enfants (et de leurs parents) !

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Abbaye des Vaux-de-Cernay (Yvelines)

Les Yvelines abrite un autre lieu où le dépaysement est total : l’Abbaye des Vaux-de-Cernay. Ancienne abbaye cistercienne du XIIe siècle et propriété de la famille de Rothschild jusqu’en 1945, cet exceptionnel ensemble architectural a été entièrement repensé et réaménagé en hôtel-restaurant de qualité il y a maintenant 30 ans, retrouvant ainsi sa toute première vocation.

De la « chambre moine » qui offre la possibilité de séjourner dans une jolie pièce mansardée avec salle de bain à la « suite de la baronne » correspondant à un appartement au décor exceptionnel composé d’un salon, d’une chambre, d’un dressing et d’une salle de bain, toutes les offres de location portent des noms qui rappellent l’histoire chargée du lieu.

Aussi, il est possible de venir à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay pour visiter le lieu accompagné d’un guide-conférencier lors des week-ends et des jours fériés. À cette occasion, il ne faut pas hésiter à profiter d’un forfait incluant, en plus de la visite, une collation dans le charmant salon de thé de l’établissement. Le restaurant propose quant à lui différents menus composés de plats fait maison par le Chef de cuisine Xavier Désiré la Chef pâtissière Margaux Braun.

L’Abbaye des Vaux-de-Cernay est un lieu particulièrement enchanteur, extrêmement bien entretenu et proposant un service de grande qualité. À seulement cinquante kilomètres de Paris, dans le sublime Parc de la Vallée de la Chevreuse, l’évasion est totale.