Si la France, première destination touristique mondiale, rayonne à l’international pour la beauté et la richesse de son histoire grâce à des sites comme Versailles, Chambord ou Vaux-le-Vicomte, il existe de nombreux châteaux, petits et grands, qui meurent un peu partout sur notre territoire. Abandonnés par manque de moyens, d’intérêt ou parce que plus personne ne connaît vraiment leurs propriétaires, les exemples de châteaux en ruine, ou en passe de le devenir, sont malheureusement nombreux. À travers cinq exemples méconnus, partons à la découverte de ces demeures autrefois grandioses et aujourd’hui tristement abandonnées aux seuls caprices de la nature. Sur les 35 000 châteaux que comptent la France, environ 600 sont maintenant en péril…

Château Mennechet (Oise)

À 100 kilomètres au nord de Paris, se dresse le fier et beau château de Compiègne. Si le palais de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie est aujourd’hui dans un splendide état de conservation, il est difficile d’en dire autant de l’un de ses mystérieux et méconnus voisins : le château Mennechet. Situé sur la commune de Chiry-Ourscamp, cet édifice construit à la fin du XIXe siècle est resté inachevé a connu de nombreuses périodes sombres qui ont, au fil du temps, fait de lui une véritable ruine.

Son commanditaire, Alphonse Mennechet de Barival, fait fortune grâce à son mariage avec une certaine Henriette Caroline Paillet dont le père est un célèbre marchand d’art. Au milieu des années 1850, il acquiert la plus grande partie des terres de Chiry-Ourscamp et commence à y bâtir un ensemble de bâtiments principalement dédiés à la gloire de son épouse. En 1881, l’homme est maire du village et possède la réputation d’être atteint de « la maladie de la pierre » : il décide la construction, derrière ses deux manoirs, d’un château-galerie censé abriter ses nombreuses et précieuses œuvres d’art. Long de 60 mètres et large de 10, le château est en pierre blanche taillée et se compose de deux étages percés de 33 fenêtres. Malheureusement, lorsqu’Alphone Mennechet de Barival décède en 1903, l’œuvre n’est toujours pas achevée. Légués à sa ville natale de Saint-Quentin, les tableaux et sculptures s’en vont tandis que son neveu hérite du château. Sans réelle raison d’être, celui-ci est laissé en l’état ; les carreaux de fenêtres et le parquet ne seront jamais posés…

Vestige d’une folle aventure architecturale, le château Mennechet est aujourd’hui visible sur les hauteurs du village. Après avoir résisté aux deux conflits mondiaux du XXe siècle qui n’ont pourtant pas épargné la région et les autres demeures de son créateur, le château-galerie est aujourd’hui une ruine romantique envahie par la végétation malgré des travaux de défrichements organisés en 2008 par l’association locale « Promothée. » Grâce au travail et à l’investissement de ses membres passionnés qui tentent de valoriser et préserver cet héritage pittoresque, le château a été inscrit sur la liste des monuments historiques en 2011. Aujourd’hui, il appartient à un propriétaire privé, gérant d’une société civile immobilière…

Château du duc dEpernon (Seine-et-Marne)

Aujourd’hui à l’état de ruine, le château du duc d’Épernon a, comme son nom l’indique, appartenu à l’un des hommes les plus importants du royaume : Jean de Nogaret La Valette, duc d’Épernon et mignon du roi Henri III.

Un premier château est mentionné à cet emplacement dès le règne de Louis VI le Gros, au XIe siècle. Vendu au XIVe, il arrive aux mains de Charles de Valois, père du roi Philippe VI, qui finit par l’offrir à son conseiller, un certain Jean le Mercier. Celui-ci fait reconstruire la bâtisse. En 1570, c’est finalement le célèbre duc d’Épernon qui possède le domaine ; il y reçoit Catherine de Médicis et son fils Charles IX et modifie l’architecture du site pour en faire une belle demeure de plaisance. Le château traverse ensuite les siècles sans encombres particuliers jusqu’à son rachat par un promoteur immobilier spécialisé dans la réhabilitation de monuments historiques en 2006…

Le projet est d’y construire des appartements de luxe. Les travaux commencent, la toiture est retirée et remplacée par une bâche. Malheureusement, la société immobilière du promoteur fait l’objet d’une liquidation judiciaire en 2014 et tout est alors stoppé. Aujourd’hui, la bâche, qui était à l’origine une solution temporaire, est extrêmement détériorée : le château prend l’eau, les parquets s’écroulent, les décors historiques sont tagués…

La préservation de ce joyau en péril est devenu le combat d’un habitant du village, Antonin, âgé de seulement 16 ans. Malheureusement, aucune réponse précise n’est apporté à ce jeune garçon qui se bat pour sauver cet exceptionnel témoignage de notre histoire. La société « Sauve mon château » travaille désormais à ses côtés pour tenter de mobiliser les amoureux du patrimoine. En l’état actuel des choses, le château du duc d’Épernon est incapable de résister encore longtemps aux affres du temps : agir est devenu une véritable priorité.

Château de Bagnac (Haute-Vienne)

Prenons maintenant la direction de la commune de Saint-Bonnet-de-Bellac dans le Limousin pour découvrir la malheureuse histoire du château de Bagnac.

Construit à partir de 1858 par le marquis et la marquise Saint-Martin de Bagnac sur l’emplacement d’une ancienne demeure détruite lors des Guerres de Religion, le château de Bagnac est un édifice de style néogothique. Imaginé pour réaffirmer la supériorité de la noblesse sur le peuple par un couple de fervents royalistes dont le souhait est de léguer la demeure au comte de Chambord, alors prétendant au trône de France, le château possède une tour d’une hauteur particulièrement élevée car le couple Bagnac aimait s’imaginer que le jour de la restauration d’un roi sur le trône de France, le drapeau blanc de la monarchie puisse être visible de très loin.

Malheureusement, la construction de cette bâtisse extravagante a raison de la fortune du couple. 25 ans après le début des travaux, le marquis et la marquise se retrouvent ruinés. Le comte de Chambord décédé avant eux, c’est le baron Guy Salvaing de Boisseu qui hérite du domaine. Celui-ci appartient d’ailleurs toujours à ses descendants. Totalement abandonné depuis 1949 et dépouillé de toutes ses richesses, le château devient l’ombre de lui-même. Un projet de restauration est envisagé en 1976 mais le propriétaire de l’époque refuse catégoriquement toute proposition. Décédé en 2014, les neveux de celui-ci ont tenté de désinscrire la bâtisse de la liste des monuments historiques… Aujourd’hui, le château de Bagnac continue sa lente traversée du désert et rien ne semble pouvoir arrêter le triste court de celle-ci…

Château de Lurcy-Lévis (Allier)

Situé en plein centre de la France dans la commune éponyme, le château de Lurcy-Lévis date du règne de Louis XIV. Construit par Roger de Lévis, marquis de Poligny et lieutenant général au gouvernement du Bourbonnais, il est d’une architecture sobre qui rappelle certaines ailes du château de Fontainebleau.

Au XVIIIe siècle, Marie-Françoise de Lévis, seule héritière du duc de Lévis, apporte en mariage le château à la famille de Castries. En 1752, il est vendu à Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, petit-fils du célèbre architecte, qui le cède quelques années plus tard à un certain André de Sinéty, futur gouverneur des Enfants de France. Au XIXe siècle, le château change plusieurs fois de propriétaires et devient brièvement une fabrique de porcelaine.

Alors qu’il a déjà été partiellement sauvé par la célèbre famille Guyot, le château de Lurcy-Lévis est abandonné depuis plus d’une dizaine d’années. Propriété privée, il menace aujourd’hui de s’effondrer ; de nombreuses fuites dans la toiture laissent en effet craindre à l’effondrement des poutres maîtresses. Parquets arrachés, cheminées démontées, fenêtres brisées, la demeure est désormais dans un état déplorable… En 2018, son ex-propriétaire a lancé une pétition afin d’attirer l’attention du Ministère de la Culture pour une éventuelle inscription de ce joyau au titre des monuments historiques.

Château de Porcé (Loire-Atlantique)

À Saint-Nazaire, le château de Porcé, un des plus vieux bâtiments de la ville, est lui-aussi abandonné depuis maintenant plusieurs années.

Construit par un entrepreneur qui a participé à la construction du port de la ville, le château de Porcé est ensuite habité par son fils, l’historien Gustave Bord. Achetée au début du XXe siècle par le médecin Donatien Raffegeau, la propriété de 22 hectares est léguée à la ville à la mort de la veuve de ce dernier en 1932. La seule condition est que la mairie préserve le château et en fasse un orphelinat. Au cours des décennies qui suivent, il devient successivement un internat, un centre pour rapatriés d’Afrique du Nord, une école pour enfants handicapés moteurs puis un centre artistique qui accueille cours de théâtre et cours de danse. Malheureusement, la bâtisse devient de plus en plus difficile à entretenir. En 1987, une tempête abîme définitivement les splendides décors d’origine.

Envahi par la végétation, squatté et dépouillé, le château de Porcé est aujourd’hui totalement abandonné.

 

Après avoir découvert ces difficiles dossiers, nous tenons à adresser toute notre sincère admiration aux nombreuses associations, entreprises, start-ups et à tous les particuliers passionnés et déterminés qui s’investissent dans la sauvegarde et la préservation de ce patrimoine maltraité ; leur combat est difficile mais absolument nécessaire !

Bérengère Guicheteau et Pierre Holley