Les cépages et les vins français sont connus depuis des siècles à travers le monde entier et leur réputation n’est plus à faire. Pourtant, un nouveau pan de la viticulture se développe sur le territoire depuis quelques années : la biodynamie également appelée biodynamique.

Ce concept qui va bien au-delà de l’agriculture biologique fonctionne sur le principe du respect, de l’harmonie et de la cohésion entre le sol, la plante et l’élaboration du produit.

C’est en 1991, dans la vallée du Rhône, que Michel Chapoutier a lancé l’agriculture biodynamique. Aujourd’hui la maison Chapoutier possède le plus grand vignoble biodynamique français qui compte 250 hectares de vignes certifiées biodynamiques.

 

1. Les grands principes de la viticulture biodynamique

Si les vins biodynamiques ne doivent pas être confondus avec les vins bio ou naturels, il est toutefois indispensable pour le raisin dont sera issu le vin d’obtenir le label Agriculture Biologique pour ensuite pouvoir prétendre au label Demeter et/ou Biodyvin. Ces derniers ont été créés en 1928 et 1998 afin de garantir la qualité du produit et le respect de la culture et de la vinification en biodynamie.

Une fois cette étape passée, le viticulteur doit adopter de nouvelles méthodes de travail visant à faire naître de meilleures vignes, plus fortes et plus saines, et par conséquent de meilleurs vins.

Inspirée des grandes théories que Rudolf Steiner aborde dans son Cours d’agriculture en 1924, la biodynamique repose sur l’idée que le sol, la vigne et le raisin qu’elle produit forment un écosystème dont il faut prendre soin de manière la plus naturelle possible.

Les pesticides et autres engrais chimiques sont bannis au profit d’une préparation plus saine des sols. Pour cela les viticulteurs vont utiliser des produits naturels comme des macérations et des infusions de plantes, mais ils vont également avoir recours à des techniques moins terre à terre comme l’utilisation du calendrier lunaire élaboré par Maria Thun pour la culture, la taille, la récolte ou encore la mise en bouteille.

Par exemple, on prête à la lune descendante le pouvoir de participer à l’expression aromatique du vin grâce à son effet réducteur. C’est donc à cette période qu’auront lieu les étapes de filtration et de mise en bouteille.

 

2. Les différences entre les vins biologiques et les vins biodynamiques

L’agriculture biologique tend à bannir l’utilisation des pesticides, des engrais chimiques (engrais minéraux azotés inclus) et des intrants extérieurs afin de réduire au minimum l’impact de l’agriculture sur l’environnement. L’agriculture biodynamique vise également à ne plus impacter sur environnement, mais elle va bien plus loin avec différents objectifs :

  • prendre soin des sols afin d’inverser les effets de la pollution environnementale et de les rendre fertiles et sains
  • prendre soin des vignes afin d’avoir des plantes fortes et du raisin équilibré
  • suivre un processus de récolte et de vinification rigoureux pour des vins qui laisseront s’exprimer tous leurs arômes

Les vignobles biodynamiques sont traités à partir de préparations proches du traitement homéopathique, sans cuivre ni souffre contrairement à l’agriculture biologique. Ces dernières sont fabriquées à partir de bouses de vache, de fumier de cheval, de différentes cornes, de silice ou encore de décoctions de plantes et sont administrées à des périodes précises et dans des quantités limitées.

Certains exploitants décident même de laisser pousser l’herbe entre les vignes puis de labourer avec des chevaux ce qui permet d’une part de ne pas utiliser de produits, et d’autre part de casser les racines des vignes qui se trouvent en surface. Cette méthode oblige la plante à renforcer ses racines souterraines ce qui la rend plus forte et plus résistante.

 

3. La viticulture biodynamique progresse en France

Bien que peu de domaines ne fassent mention de leur labellisation sur les étiquettes de leurs produits, ils sont nombreux à avoir adopté les méthodes de la biodynamie pour produire leurs vins. Ainsi, en 2017 la France comptait plus de 10 000 hectares de vigne certifiées Demeter et/ou Biodyvin sur plus de 600 domaines, et ce chiffre n’a de cesse d’augmenter. En effet, si la viticulture en biodynamie est parfois pointée du doigt pour son côté mystique (astrologie, esothérie…) et que les vins produits ne semblent pas très différents des vins issus de l’agriculture biologique en termes de résultat, les professionnels sont unanimes : les vins biodynamiques sont plus aromatiques et plus équilibrés !

Partant de ce principe et de la volonté de créer des vignobles et des vins dans le respect de la terre et de la vigne, de nombreux domaines tendent à se convertir à la biodynamie. Sur l’exemple du Château Pontet Canet, seul grand cru classé à être certifié Bio et Biodynamie, ces domaines changent radicalement leurs méthodes de travail, de culture et de vinification.

 

4. Les vins produits en biodynamie

Les cahiers des charges Demeter et Biodyvin publiés en janvier 2019 et disponibles en ligne encadrent et définissent les modalités d’élevage, de vinification et de stockage obligatoires pour prétendre à une certification Demeter et/ou Biodyvin.

Pour voir leurs vins labellisés, les exploitants devront entre autres choses :

  • renoncer à l’utilisation d’enzymes
  • ne pas utiliser de cuves en plastique pour le stockage mais du bois, de la porcelaine, de l’inox, du grès…
  • vendanger manuellement, si les conditions climatiques et sociales ne le permettent l’utilisation des machines est tolérée
  • bannir la pasteurisation
  • ne pas procéder à une réduction alcoolique par des moyens techniques
  • ne pas utiliser d’aliments pour levures
  • nettoyer les caves avec des méthodes de nettoyage à l’eau, la vapeur et mécaniques
  • ne pas ajouter de tannins.

Bien entendu certaines dérogations peuvent être accordées pour des raisons climatiques (grêles, inondations…) ou pour faciliter la conversion des nouveaux domaines. Par exemple, les pompes qui développent une haute pression ou des forces centrifuges sont interdites dans les nouvelles installations ou lors du remplacement d’anciens équipements, mais tolérées de manière temporaire pour des installations déjà existantes.

Le label Biodyvin, dont la validation se fait sur rapport d’ECOCERT SAS FRANCE, possède un cahier des charges moins drastique que celui de Demeter. Ce label peut donc être un premier pallier de conversion, un objectif à atteindre avant de prétendre au label Demeter.

Mais Biodyvin ou Demeter, le principe de base reste le même : ni ajout, ni retrait, ni modification !

Aucune étude scientifique portant sur la qualité des sols ou des vins n’a encore été menée, mais à une époque où le développement durable s’inscrit comme une nécessité, la viticulture biodynamique se positionne en tête des méthodes de culture et de transformation ayant le moins d’impact possible sur l’environnement.

De plus en plus de vignobles choisissent la biodynamie et les efforts sont payant puisque la vente de vins biodynamiques est en plein essor. Les 18 – 25 ans, plus sensibilisés à l’écologie et à la préservation de l’environnement sont les principaux consommateurs, et 99,5% des vins bio vendus en France sont produits sur le territoire. Si ces dernières années la consommation globale de ce nectar rouge est en baisse, celle des vins biodynamiques est en forte hausse ce qui rassure les nombreux vignobles en conversion.

 

Mais la notoriété des vins biodynamiques français s’exporte bien au-delà de nos frontières.

D’après une récente étude menée par un institut britannique, 35% des vins bio (labels biologiques et biodynamiques Demeter et Biodyvin confondus) exportés dans le monde sont français, ce qui fait de notre pays le premier exportateur au monde.

Et avec 33% de vignobles bio prévus d’ici 2022, il y a fort à parier que les vins biologiques et biodynamiques ont encore de beaux jours devant eux !