À partir du XVIe siècle, les forteresses féodales laissent place à des châteaux plus délicats et élégants. Les remparts disparaissent progressivement pour laisser voyager le regard de l’invité sur des courbes plus fines. Le jardin clos et purement utilitaire du Moyen Âge se transforme en jardin d’agrément propice à la promenade et à l’évasion de l’esprit. La grande majorité des châteaux construits à partir de cette époque s’accompagne donc d’un jardin destiné à sublimer l’architecture et à participer au rayonnement de ce qui devient alors un « domaine ». Créer un jardin devient un véritable art autant que peut l’être l’édification d’un monument, tendance qui ne cessera de se confirmer au fil des siècles.

1. Des jardins devenus des références dans le Monde

Les jardins du château de Villandry en Indre-et-Loire constituent un magnifique exemple des premières transformations qui s’opèrent à la Renaissance, fraîchement importée d’Italie. Au pied du château, les jardins aménagés par Jean le Breton font directement la réputation du domaine bien au-delà des frontières du Val de Loire, au point d’incarner l’identité du monument. Les visiteurs viennent surtout à Villandry pour découvrir ses superbes jardins dans lesquels de nombreux événements sont organisés chaque année : visites nocturnes et feux d’artifice en août, animations autour du potager en octobre et les immanquables « rendez-vous aux jardins » en juin. Cette manifestation, depuis 17 ans maintenant, met l’art du jardin à l’honneur en organisant visites guidées, expositions, promenades et rencontres avec des professionnels dans les parcs partenaires. Créés par le Ministère de la Culture, les « rendez-vous aux jardins » sont désormais organisés en collaboration avec le Centre des Monuments Nationaux. Cela nous prouve d’une jolie manière le lien étroit qui existe entre architecture et nature.

Comme Villandry, de nombreux châteaux font de cet événement l’un des principaux éléments de leur programmation culturelle. C’est par exemple le cas au château du Lude, situé dans la Sarthe et dont les jardins sont classés « jardins remarquables » grâce à un habile jeu de mélange entre terrasses, jardins clos, roseraies et bassins. Un labyrinthe y fait aussi le bonheur des familles. Au fil du temps, le château du Lude est devenu une véritable référence dans le secteur des parcs et jardins notamment grâce à sa propriétaire, Barbara de Nicolaÿ, véritablement passionnée par le sujet. Présidente de l’Association des Parcs et Jardins du Maine, elle est à l’origine du Prix Joseph Redouté qui récompense, tous les ans, l’auteur d’un ouvrage sur l’art du paysagisme lors de la Fête des Jardiniers qui attire, depuis 27 ans maintenant, de nombreux visiteurs dans ce magnifique parc aménagé au XVIIe siècle, siècle ô combien important pour l’histoire des jardins.

C’est en effet à cette époque qu’apparaît la notion de « jardin à la française ». L’une des premières illustrations de cet art se trouve au château de Vaux-le-Vicomte, en Seine-et-Marne. Dès 1641, le Surintendant des Finances de Louis XIV, Nicolas Fouquet, donne carte blanche au paysagiste André Le Nôtre qui a alors la possibilité de dévoiler toute l’étendue de son génie. Le jardin du château s’articule autour d’une perspective parfaitement maîtrisée et d’une nature domestiquée. Aujourd’hui, le jardin du château de Vaux-le-Vicomte fait entièrement partie de l’expérience de visite, d’autant plus qu’il existe une harmonie parfaite entre celui-ci et l’architecture du château pensée par Louis Le Vau. Le visiteur est invité à s’y promener, à découvrir les surprises que Le Nôtre lui a réservé mais aussi à découvrir la vie de celui-ci puisqu’une exposition présentée dans le sous-sol du bâtiment lui est consacrée. Une manière de plus de lier nature et architecture en présentant le château et ses jardins comme un tout. Plus qu’un château, Vaux-le-Vicomte est un véritable domaine qui profite de ses jardins pour proposer, depuis 2017, une expérience inédite  : un escape game dans la rivière souterraine détournée par Le Nôtre.

Tout naturellement, André Le Nôtre nous mène à son œuvre la plus mondialement connue : les jardins du château de Versailles. Pour leur unique commanditaire, Louis XIV, ils sont aussi importants que le château lui-même. Pour prouver que les deux éléments ne font qu’un, il demande même à Charles Le Brun, décorateur du château, de dessiner les fontaines qui orneront les allées et bassins pensés par Le Nôtre. Aujourd’hui, les jardins de Versailles proposent des animations exceptionnelles qui participent grandement à la renommée du palais et à l’attractivité qu’il suscite. Tous les ans, les Grandes Eaux Musicales animent bosquets et fontaines et proposent aux visiteurs une expérience incroyable et féerique. À la tombée de la nuit, l’expérience continue avec les Grandes Eaux Nocturnes qui offrent la possibilité de se promener dans les jardins du Roi-Soleil mis en eaux et illuminés de mille feux. Dans ce palais, l’expérience est un véritable maître-mot. Au mois de mai 2020, le château profitera du décor exceptionnel qu’offrent ses jardins pour organiser une soirée électro réunissant quelques grands noms du domaine. Le potentiel, immense, des jardins du château de Versailles est parfaitement utilisé par le domaine qui sait faire de cette richesse une force indéniable.

2. Des lieux de vie pour les visiteurs

Après le premier, intéressons-nous au deuxième château de France, celui de Chambord. Les jardins de celui-ci connaissent, depuis quelques années maintenant, une véritable révolution. Après 40 ans d’abandon et de nombreuses années de restauration, ils ont retrouvé toute leur splendeur en 2017. Pensés par Louis XIV puis dessinés et réalisés au XVIIIe siècle, les jardins à la française de Chambord ont su redonner du dynamisme au château ainsi qu’une nouvelle raison pour les visiteurs de venir découvrir ce trésor.

La réhabilitation des jardins ne s’est pas arrêtée là. Trois ans après la restauration des jardins à la française, le domaine s’est attelé à la création de jardins-potagers en culture maraîchère et fruitière dans le but de sensibiliser le public à l’environnement et dans celui de créer «  l’utopie d’une cité idéale et autonome » comme le souhaitait Léonard de Vinci. Aujourd’hui, Chambord propose des activités insolites aux visiteurs à la recherche d’expériences nouvelles. Il est, par exemple, possible de venir suivre une formation au domaine pour apprendre à faire vivre un jardin potager. De même, le parc est à lui seul tout un monde à explorer. D’une superficie de 5 440 hectares – aussi grand que Paris intra-muros – il permet aux visiteurs de se connecter à la nature. En se perdant dans des kilomètres de chemins dérobés, ils peuvent croiser de véritables animaux sauvages. Le rêve de pierre de François Ier offre ainsi mille et unes possibilités de visites. Au-delà de la découverte de cette fantastique architecture et de ce château mystérieux, les équipes du domaine développent, peu à peu, tout le potentiel du parc et ne cessent de nous surprendre.

La réhabilitation et l’entretien des jardins est donc un défi permanent que les châteaux ne doivent jamais cesser de relever. Ceux-ci sont un véritable enjeu car ils font partie intégrante du choix du visiteur quand il décide quel château découvrir. Les familles sont notamment très sensibles à la présence de jardins. C’est pourquoi les châteaux rivalisent d’imagination pour proposer des animations à destination des enfants. Le château de Breteuil, dans les Yvelines, a fait le choix d’y installer des aires de jeux où l’on trouve, en été, de quoi se restaurer et des fauteuils et transats pour que les parents se détendent en les surveillant.

D’autres monuments vont encore plus loin. Le château de l’Islette (Indre-et-Loire) propose par exemple des paniers de pique-nique pour permettre aux visiteurs de profiter au maximum de tout le charme de son parc. Libre à chacun de déguster les produits du terroir avant ou après le tour de barque sur l’Indre, autre activité proposée dans ce château trop méconnu, cadre des amours d’Auguste Rodin et de Camille Claudel au XIXe siècle.

Au château de Gizeux, en Indre-et-Loire, une chasse aux trésors est organisée dans le parc. Elle permet aux enfants de retrouver la potion qui sauvera la princesse victime d’une malédiction. Pour toute la famille, cela est l’occasion de passer un moment au grand air dans un cadre historique unique. À Pâques, de nombreux châteaux font de même en organisant des chasses aux œufs. Chaque année, ces événements remportent un immense succès. Ils font venir dans les châteaux un public qui n’y est pas forcément habitué et ont le mérite de lier amusement et apprentissage de l’histoire.

Parfois, les jardins de châteaux servent aussi d’écrin à des œuvres d’art, souvent contemporain. Au château du Rivau en Indre-et-Loire, les créations contemporaines enrichissent le parcours végétal conçu par Patricia Laigneau pour faire des jardins une pérégrination artistique parfaitement unique en son genre qui participe au rayonnement du château tout en stimulant l’imagination du visiteur. Au domaine de Chaumont-sur-Loire, dans le Loir-et-Cher, des œuvres d’art sont exposées dans le château mais aussi dans les jardins. Cela crée une continuité entre les deux espaces qui ne forment plus qu’un dans l’esprit du visiteur.

Les activités possibles dans les jardins sont donc nombreuses ; leur potentiel est inépuisable. Pour les propriétaires, tout est à imaginer. Véritable trésor à préserver, les jardins ont une histoire et un destin intimement liés à ceux des châteaux qu’ils accompagnent et subliment.

Bérengère Guicheteau & Pierre Holley