Attirant chaque année plus d’un million de visiteurs, le château de Chambord est réputé dans le monde entier pour son architecture exceptionnelle et toujours mystérieuse. Le plus emblématique des châteaux de la Loire fêtait l’an dernier ses 500 ans. Afin de continuer à se développer dans le but d’atteindre l’autonomie financière, le château ne cesse de se réinventer pour conquérir et attirer de nouveaux publics, notamment en mettant en place des événements surprenants qui détonnent face à l’image traditionnelle d’un monument historique.

Pour fêter ses 500 ans, le domaine, qui sait faire la fête malgré son grand âge, a organisé, en collaboration avec la société Cercle Music, un festival de musique électronique de grande ampleur. En tête d’affiche, des artistes renommés tels que Bon Entendeur, Solomum et Stephan Bodzin. Signe que ce mélange des mondes est audacieux, les 20 000 billets ont été vendus en moins d’une heure à pas moins de quarante-sept nationalités différentes. Fait amusant : parmi les festivaliers se trouvaient la Comtesse de Paris ou encore le marquis de la Roche-Aymon, neveu de la Princesse Napoléon ! Preuve s’il en est besoin du large spectre de spectateurs séduits par ces expériences insolites.

 

1. Une cible jeune et connectée

Le château de Chambord et la musique électronique n’en sont alors pas à leur première rencontre. En 2017, les équipes invitent l’italienne Deborah de Luca à performer sur les terrasses du château devant 300 privilégiés. L’artiste est renommée dans son domaine, le public est fébrile et de nombreux médias souhaitent donc assister au concert, filmé et diffusé en direct sur Facebook ! Ce choix communicationnel est bien réfléchi : la cible de ce type d’événements est jeune et connectée. Les réseaux sociaux sont sa principale source d’information. L’année suivante, le château voit de plus en plus grand. Le concert de Carl Cox est organisé devant pas moins de 3 000 personnes. Encore une fois, le succès est au rendez-vous. Les équipes du majestueux Chambord en sont convaincues : il faut fêter le très attendu 500e anniversaire de cette manière. La rencontre, voire la confrontation, entre ces deux univers que sont l’histoire et les musiques actuelles est une réelle réussite. Jean d’Hausonville, Président du Domaine, l’affirme : « on fait venir à Chambord un public qui n’est probablement jamais venu, on attire au patrimoine des gens qui n’ont jamais découvert le site. »

 

2. Un décor qui compte autant que la musique

Ce nouveau public, difficile à conquérir en temps normal, fait des envieux. Depuis quelques années, nous voyons fleurir les concerts et les festivals électro dans nos monuments. Le plus célèbre d’entre eux, le château de Versailles en est, à l’image de Chambord, un véritable adepte. Les équipes chargées de les organiser disent vouloir « faire renaître l’esprit des premières fêtes de Louis XIV ». Vaste programme ! Le prochain événement d’envergure aura lieu le 23 mai prochain, date à laquelle le palais du Roi Soleil accueille les plus grands DJs du plus important label de musique électro : Ed Banger Records. La promesse est claire : transformer les plus beaux jardins à la française du monde en « dancefloor géant » pour faire vivre aux fans de Justice, Busy P et L’Impératrice une « soirée unique dans un cadre exceptionnel ». Pour eux, le concert devient une véritable expérience dans laquelle le décor compte autant que la musique et les artistes présents.

Plus confidentiel, le château d’Ainay-le-Vieil explique avoir voulu « dépoussiérer l’image vieillotte du châtelain » en proposant à 3 000 amateurs de musique électro de se réunir autour de sept scènes dans le parc de cette bâtisse médiévale appartenant à la même famille depuis près de six siècles. Nul doute que le pari de redonner un coup de jeune à l’image de celle-ci a fonctionné. C’est par le biais du festival itinérant « Château Perché » que l’électro a fait son entrée dans ce château du Cher en 2017. Cette organisation, lancée en 2015 par cinq jeunes entrepreneurs venus d’Auvergne et d’Allemagne, veut séduire les adeptes d’événements décalés en mettant les musiques alternatives au cœur des monuments pour faire connaître le patrimoine français à un public qui en est habituellement éloigné. Un concept qui a séduit Hugues de Chabannes, propriétaire du château d’Avrilly dans l’Allier. Celui-ci accepte d’accueillir l’édition 2018 du festival et, ouvert au projet, juge avec intelligence qu’il n’est pas obligé de proposer seulement de la musique du XVIIe siècle parce que sa façade correspond à cette époque : place aux mélanges des genres !

 

3. Des collaborations inattendues et réussies

Les autres exemples sont nombreux. Le Val de Loire semble être une région particulièrement friande des concerts d’électro et des événements transgressifs. En 2019, Cercle Music, en plus d’œuvrer à Chambord, est aussi parti à la conquête de la forteresse de Chinon. Une collaboration entre Temps Machine – association de musiques actuelles tourangelle – et le château d’Amboise a aussi vu le jour. En septembre, le château où repose Léonard de Vinci a proposé au public un évènement avec, une fois de plus, de grands noms de la scène électro française comme Arnaud Rebotini. Samuel Buchwalder, chargé de communication et qualité à Amboise, explique que le lieu « a toujours été un lieu d’agrément » et que la mise en place de ce type de partenariats lui permet désormais d’être un véritable « lieu de plaisir. »

Revenons au château de Chambord. En 2020, le géant du Val de Loire poursuit sa belle lancée avec une programmation exceptionnelle. L’artiste Sting vient en effet se produire dans les jardins au mois de juillet. Une fois encore, les 20 000 billets disponibles se sont arrachés dès leur mise en vente. Même si tout le public ne connaîtra pas les secrets de François Ier et de son trésor de pierres en quittant les lieux, tous auront participer à faire vivre le château qui sait proposer des événements « hors cadre » sans renier ses origines et son rôle de transmission patrimoniale.

Au fond, tous ces monuments ont la même volonté : attirer un public jeune, moderne, connecté, qui n’est généralement pas friand des visites de monuments historiques mais plutôt avide d’expériences nouvelles à vivre (et à partager sur les réseaux sociaux !). Ce public représente une manne financière non négligeable et permet aux châteaux de s’offrir une excellente publicité en prouvant sans cesse que le patrimoine n’est pas que figement du temps. Les monuments vivent, évoluent, se modernisent et brisent les codes en montrant à tous que la culture englobe aussi les musiques actuelles et qu’il est possible de passer un moment moins formel et plus convivial en leur sein. Les concerts sont, en effet, toujours accompagnés d’occasions de se restaurer ou de boire un verre pour profiter au maximum et échanger entre amis autour du plaisir de la musique et du bonheur d’être ensemble. Profiter des plaisirs de la vie à Chambord, n’est-ce pas la volonté originelle de François Ier lorsqu’il y invitait sa « petite bande » ?

 

Transgressifs, inhabituels et rafraîchissants, ces événements permettent aux châteaux qui les accueillent de faire le grand saut et d’entrer de plain-pied dans le XXIe siècle en proposant à leurs contemporains des divertissements qui sont propres à leur temps. De plus, cela permet de rassembler un maximum de personnes aux goûts variés et aux références culturelles peut-être différentes autour d’un joli message : celui qui met en avant la notion d’un patrimoine commun que l’on doit connaître et partager pour le préserver et le transmettre aux générations futures.