Du Vercors à la Provence, la Drôme est un département riche de nombreux sites qui mettent en avant la beauté de ses paysages et la richesse de son histoire.

Château de Grignan

Situé au cœur de la Drôme provençale, le château de Grignan est principalement connu pour avoir été la demeure de Françoise-Marguerite de Sévigné, fille unique de la plus célèbre épistolière du Grand Siècle. Rayonnant sur son promontoire rocheux, le château de Grignan surplombe magnifiquement le charmant village du même nom. Découvrons son histoire et les raisons pour lesquelles il est un incontournable de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Mentionné dès le XIe siècle, Grignan est d’abord un impressionnant château fort. À la Renaissance, il perd ses fonctions défensives, transformé par la puissante famille des Adhémar en un palais confortable davantage ouvert sur l’extérieur. Le 29 janvier 1669, l’héritier de cette demeure, à la position stratégique particulièrement enviée, épouse Françoise-Marguerite de Sévigné. De 15 ans sa cadette, la jeune fille est réputée pour être « la plus jolie de France. » Très proche de sa mère, elle entame une correspondance restée célèbre pour son exceptionnelle densité. Madame de Sévigné mère se rend à trois reprises au château de Grignan, une demeure qu’elle apprécie particulièrement. À chaque fois, elle y passe de longs séjours, le voyage depuis Paris étant, à l’époque, particulièrement éprouvant. Malheureusement, elle ne revient pas de son ultime périple et décède près de sa fille bien-aimée le 17 avril 1696.

Démantelé en grande partie à la Révolution, le château devient propriété du département en 1979. Classé Monument Historique puis labellisé « Musée de France », il présente aujourd’hui une impressionnante collection d’œuvres d’art et un mobilier d’exception qui témoigne de l’art de vivre aristocratique du XVIe au XVIIIe siècle. Aussi, le château revient sur l’histoire des deux femmes de Sévigné en présentant une exposition sur la vie de Madame et en dévoilant au public le décor de la chambre de Mademoiselle. De même, il est particulièrement reconnu pour la qualité de ses « fêtes nocturnes » organisées chaque année depuis 1987. Tous les étés, un spectacle de nuit est présenté dans la cour du château. Souvent empruntées au grand répertoire théâtral, ces représentations rencontrent toujours un important succès.

Au total, ce sont près de 150 000 personnes qui, chaque année, viennent découvrir l’art de vivre à la française et l’histoire de Madame de Sévigné au château de Grignan. Magnifique édifice architectural, il est doté d’un extraordinaire panorama sur la Drôme provençale qui laisse au visiteur le soin de découvrir toute l’étendue de la beauté de cette région.

Château de Suze-la-Rousse

Forteresse médiévale aux proportions impressionnantes, le château de Suze-la-Rousse est, lui aussi, bâti sur un promontoire rocheux. Extrêmement bien protégé par ses immenses tours, le château est réaménagé en demeure de plaisance à partir du XVIe siècle… Intéressons-nous maintenant de près à toute l’épopée de ce site à l’histoire plus que millénaire.

Occupé dès l’époque gallo-romaine, la terre de Suze appartient en 852 au cousin de Charlemagne, un certain Guillaume au court nez. Au XIIe siècle, son descendant l’apporte par alliance à la famille des princes d’Orange. En 1426, Antoinette de Baux, héritière du château épouse un certain Louis de la Baume. Leur mariage inaugure une nouvelle lignée dont François de la Baume-Suze est le plus célèbre membre. Gouverneur de Provence, il est un fervent défenseur du catholicisme et s’engage fermement pour cette cause pendant les Guerres de Religion.

Peu endommagée par la Révolution, la forteresse est tout de même largement restaurée au XIXe siècle par la famille Isnard, descendante par une femme de celle des Baume-Suze. Dernière propriétaire privée du château, la marquise de Bryas s’éteint en 1958. Suze-la-Rousse est acheté quelques années plus tard par le département qui installe, au deuxième étage du château, un département de recherche sur la vigne et son produit : l’Université du Vin.

Aujourd’hui, le château de Suze-la-Rousse offre à ses visiteurs un merveilleux voyage dans l’histoire de la forteresse mais aussi dans celle des pratiques viticoles de la Drôme. De manière très pédagogique, l’édifice nous présente tout ce qu’il faut savoir sur l’univers du vin dans un décor unique et privilégié.

Château de Rochegude

Résidence d’été des marquis de Rochegude, cette forteresse médiévale remodelée à la Renaissance et finalement restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle fait face au célèbre Mont Ventoux. Membre de l’Association Relais & Châteaux, elle est aujourd’hui un sublime hôtel quatre étoiles.

Entièrement rénové dans un style respectant les codes architecturaux et historiques de l’édifice, le château propose à ses clients 24 chambres dont une suite familiale. Décoré avec un mobilier aux matériaux anciens, elles disposent toutes de l’ensemble du confort moderne souhaité par les hôtes. Ceux-ci peuvent profiter de l’offre « Culture et Gastronomie » qui comprend, en plus de la nuit au château, un petit-déjeuner, un dîner et la visite des plus grands sites de la Drôme et du théâtre antique d’Orange, ville historique située à seulement 15 kilomètres.

Pour se reposer après ces journées riches en découverte, les hôtes ont la possibilité de venir se détendre au bord de la piscine extérieure de l’hôtel. Aussi, l’espace bien-être, aménagé sous les voûtes du château, propose une large gamme de massages. L’intérieur de l’ancienne forteresse est aussi propice au calme et à l’évasion grâce à ses espaces communs alliant charme et tranquillité : le cloître, le salon de musique et la salle de justice.

À proximité des plus grands sites touristiques de la Drôme, dans un cadre privilégié d’une rare beauté, le château de Rochegude est un lieu idéal pour des vacances dans la région. Dans les spacieux espaces, détente et luxe sont à l’honneur pour une parfaite expérience de la vie de château.

Château de Montélimar

Partons maintenant à l’assaut d’une autre forteresse du département : celle de Montélimar ! Située entre Valence et Avignon, cette ville est l’une des plus peuplées de la Drôme. Bâti au XIIe siècle, le château est la propriété de la famille des Adhémar. Par sa position stratégique, aux frontières des royaumes de Bourgogne et de Provence et à proximité du Rhône, le château participe grandement au développement de la richesse et la puissance de cette imposante lignée.

Principalement composé d’une chapelle et d’un ensemble d’éléments fortifiés, le château possède, dès ses origines, un décor particulièrement prestigieux dont nous pouvons encore apercevoir quelques traces aujourd’hui.

Construite au XIIIe siècle, une aile située au sud-est des bâtiments possède une cuisine, une chambre, des latrines et une loggia qui offre au seigneur la possibilité d’admirer une magnifique vue sur le Rhône. Cela fait du château des Adhémar l’un des rares exemples d’édifice qui possèdent toutes les caractéristiques d’une demeure de plaisance en ayant conservé l’ensemble de ses fonctions défensives.

Ouvert au public depuis 1983, le château est aujourd’hui un centre d’art contemporain qui propose chaque année de nombreuses expositions temporaires. Doté d’une mission d’éducation artistique, il se prête aussi à l’accueil de spectacles et conférences en lien avec le monde de l’art.

Palais idéal du Facteur Cheval

Si la Drôme, comme nous l’avons vu, est un département riche en patrimoine médiéval, elle abrite aussi, dans le village d’Hauterives, un lieu beaucoup plus insolite et totalement unique en son genre : le Palais idéal du facteur Cheval. Pour comprendre l’histoire de ce monument parfaitement inclassable, il faut s’intéresser à celle du facteur Ferdinand Cheval.

En avril 1879, lors de l’une de ses longues tournées, cet homme solitaire et travailleur trébuche sur une pierre. Attiré par la forme curieuse de celle-ci, il commence à s’imaginer architecte et rêve d’un édifice qui lui permettrait de s’échapper de son quotidien difficile. Marchant chaque jour près de 30 kilomètres, il ramasse toutes les pierres qui l’inspirent et commence à construire ce qui deviendra l’œuvre de sa vie. D’après les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue, le facteur Cheval imagine son palais et travaille d’arrache-pied à son édification, soutenue par sa fille Alice.

Achevé en 1912, le palais du facteur Cheval est l’œuvre d’un seul homme. Celui-ci a nécessité 33 ans de travail, soit près de 93 000 heures. Peuplé d’incroyables sculptures représentant des animaux en tout genre et des personnages mythologiques, le palais idéal est une œuvre universelle qui ne répond à aucun code architectural connu. Reconnu comme le seul exemple français d’art naïf par André Malraux en 1969, ce dernier décide de le reconnaître « Monument Historique » cette même année.

Décédé en 1924 après avoir construit son propre tombeau dans le cimetière du village, le facteur Cheval, modeste homme à la vie douloureuse, nous a laissé un héritage unique au monde. En 1907, celui qui a longtemps été pris pour un fou par ses contemporains décide d’ouvrir son palais au public sur les conseils d’un journaliste ébahi de découvrir pareil monument. Aujourd’hui, la magie et la fascination opèrent toujours. Pour les nombreux visiteurs qui viennent chaque année découvrir le palais, un passage au musée consacré situé à quelques mètres s’impose. Sa visite permet de mieux appréhender les nombreux symboles utilisés par le facteur Cheval ainsi que l’histoire émouvante de celui-ci. Ensuite, laissez-vous porter par le charme mystérieux et énigmatique de ce palais pour lequel un honnête homme a consacré l’intégralité de son rêve, de son génie et de sa vie.

Bérengère Guicheteau et Pierre Holley