À la fin du mois d’août, Stéphane Bern est aux manettes d’une exceptionnelle émission qui récompensera un emblème de notre patrimoine en lui octroyant le titre de « Monument préféré des Français ». Vous avez jusqu’au 26 juillet pour soutenir votre favori en votant pour lui, à volonté, sur le site de France Télévisions ! Aujourd’hui, 14 sites sont en compétition. Tous représentent une de nos magnifiques régions et espèrent de tout cœur obtenir cette récompense tant convoitée, synonyme d’une incroyable mise en lumière. Pour vous aider à faire votre choix, revenons ensemble sur l’histoire et l’intérêt culturel des différents concurrents.

Le palais idéal du facteur Cheval (Auvergne-Rhône Alpes)

Tout à fait unique au monde, le palais idéal du facteur Cheval est sans nul doute le plus atypique monument de la liste. Construit entre 1879 et 1912 par la seule volonté d’un modeste facteur nommé Ferdinand Cheval, le palais est né grâce à l’imagination débordante et à la détermination de ce villageois à la vie difficile. Décoré d’un incroyable bestiaire, de personnages issus de la mythologie et bâti selon des codes empruntés aux architectures du monde entier, le palais du facteur Cheval étonne par son originalité et son style incomparable. Œuvre d’une vie, la construction de cette demeure inhabitable a demandé à son architecte près de 10 000 journées de travail et 33 ans d’aventures. Reconnue comme une œuvre d’art brut, elle a été classé Monument Historique par André Malraux en 1989. Situé à seulement une heure de Lyon, le palais accueille chaque année près de 180 000 visiteurs venus découvrir la curieuse épopée de Ferdinand Cheval et son surprenant rêve de pierres.

La citadelle et le lion de Belfort (Bourgogne-Franche Comté) 

Véritable emblème de la ville fortifiée, le lion de Belfort est une sculpture longue de 22 mètres et haute de 11. Sculpté par Auguste Bartholdi à la fin du XIXe siècle, il domine la cité et rappelle la pugnacité des habitants qui ont résisté face à l’envahisseur prussien lors de la guerre de 1870. Pour commémorer cet épisode héroïque, Bartholdi choisit un animal fort, fier et résistant ; un lion qui a le regard tourné vers l’Amérique, continent où se situe la grande œuvre de son artisan : la Statue de la Liberté. Dominant la ville, la citadelle au pied de laquelle se situe le lion est l’une des plus célèbres réalisations du Maréchal Vauban. Construite à partir de 1687, elle est réputée parfaitement imprenable et protège de la plus efficace manière qui soit la partie Est du territoire français. Aujourd’hui, la citadelle et son lion sont l’un des hauts lieux du tourisme franc-comtois, une étape incontournable dans la découverte de la région.

Le fort La Latte (Bretagne)

Le fort La Latte, ou château de la Roche-Goyon, est l’un des plus impressionnants monuments de Bretagne. Situé dans les Côtes-d’Armor, dans la baie de Saint-Malo, il a été construit sur un éperon rocheux qui offre un point de vue extraordinaire sur la mer. Conçue à partir de 1364, l’architecture du château témoigne de l’ascension sociale de la famille Goyon, l’une des plus anciennes de la région. Entièrement ravagé en 1597, le château tel que nous le connaissons aujourd’hui est bâti à partir de 1690 et devient prison après la Révolution. Abandonné au cours du XIXe siècle, il appartient désormais par la famille Joüon des Longrais et ce, depuis 1931. Restauré et magnifiquement préservé grâce à l’incroyable investissement de ses membres, ce lieu magique est désormais le château le plus visité de Bretagne. Situé dans un cadre idyllique, le fort La Latte est un site où l’on ressent réellement le poids et l’émotion de l’Histoire. Grâce à cela, il sert régulièrement de lieu de tournage à des films et documentaires d’époque.

Le château et les jardins de Villandry (Centre-Val de Loire)

Principalement réputé pour l’incroyable beauté de ses jardins luxuriants, le château de Villandry fait partie de la prestigieuse liste des châteaux de la Loire. Construit sous l’impulsion de François Ier par son ministre des Finances Jean le Breton, Villandry profite d’une architecture d’avant-garde qui préfigure le style Henri IV. Dès ses origines, le château est entouré d’un splendide jardin dans lequel son propriétaire laisse apparaitre son goût pour l’art du paysagisme. Profondément remanié et repensé au Siècle des Lumières par le marquis de Castellane, Villandry appartient aujourd’hui à Henri Carvallo, petit-fils de ceux qui ont fait revivre et restaurer la bâtisse et ses extérieurs au XIXe siècle. Par son atmosphère et son décor, le domaine de Villandry est désormais l’un des plus beaux témoignages de l’art de vivre à la française. Ses jardins, lieu de promenade idéal, sont une véritable invitation à l’évasion, l’amour et la quiétude. Le plaisir de leur découverte, sans cesse renouvelé, permet au château d’être l’un des lieux de visite les plus prisés du Val de Loire ; une région qui ne manque pourtant pas d’atouts.

Le château de Brézé (Maine-et-Loire)

Non loin de la charmante ville de Saumur, le château de Brézé est un site très particulier qui possède l’incroyable caractéristique d’être un château « deux-en-un ». Sous la demeure de surface, bâtie à partir du XVIe siècle, se cache en effet un surprenant réseau souterrain. Au XIe siècle, c’est dans ce dédale de galeries creusées sous la terre que vivaient les premiers seigneurs de la terre de Brézé. La visite permet ainsi de découvrir les différents moyens de défense qu’ont imaginés ces hommes du Moyen Âge pour se protéger des éventuelles invasions. Les surprises ne s’arrêtent pourtant pas là… Une fois sorti des souterrains, le visiteur découvre ce qui contribue à faire de Brézé un site unique en son genre : ses douves. Douves sèches les plus profondes d’Europe, elles possèdent d’incroyables pièces percées dans la pierre à partir du XVe siècle dans le but de bâtir un château en surface. Celui-ci possède aujourd’hui une architecture Renaissance mais aussi néogothique et abrite de jolis intérieurs qui retracent la vie des familles ayant habité le domaine. Aujourd’hui, il appartient à Jean et Karine de Colbert et fait le bonheur d’environ 100 000 visiteurs qui, chaque année, viennent découvrir le plus atypique château du Val de Loire.

Le château du Champ-de-Bataille (Normandie)

C’est aussi un château qui a été choisi pour représenter dans ce concours la région Normandie ! Construit au XVIIe siècle par un certain Alexandre de Créquy, proche ami du Grand Condé, le château du Champ-de-Bataille est un exceptionnel palais dans lequel son fondateur souhaite faire revivre les fastes de la vie à la Cour de Versailles. Acquis par le duc de Beuvron en 1727, il est entièrement restauré par l’un de ses descendants à la fin des années 1940. Aujourd’hui, c’est le célèbre décorateur Jacques Garcia qui perpétue ce travail titanesque. Passionné par le XVIIIe siècle, ce collectionneur de génie au style baroque affirmé y entrepose de nombreuses œuvres d’art et divers objets ayant appartenu à la famille royale. Pour donner une légitime cohérence et beauté à l’ensemble du domaine, il a également entrepris de redonner vie aux 15 hectares de jardins à la française dont les plans ont originellement été dessinés par André Le Nôtre. Aujourd’hui, les visiteurs s’y promènent avec ravissement et découvrent, à l’intérieur, des pièces au décor somptueux.

La Sainte-Chapelle (Ile-de-France)

Joyau de l’art gothique, la Sainte-Chapelle est l’un des plus anciens monuments de Paris. Bâtie sur l’île de la Cité à la demande du roi Louis IX pour abriter la couronne d’épines du Christ, un morceau de la Croix et diverses reliques, elle a été construite dans un délai record de sept ans ! Se distinguant par l’élégance et la rareté d’une architecture dans laquelle transparait l’idée d’élévation vers le ciel, elle abrite un exceptionnel ensemble de vitraux qui représentent plus de 1 000 scènes issues de l’Ancien et du Nouveau Testament. Sauvée à partir de 1836 et profitant alors d’une complète restauration longue de 26 ans, la Sainte-Chapelle est classée Monument Historique dès 1862. Avec la Conciergerie, elle est l’un des derniers vestiges de l’ancien palais de la Cité, cœur de la vie politique, économique et sociale du Moyen Âge. Avec un million de visiteurs en 2013, la Sainte-Chapelle est l’un des monuments les plus visités de France. La qualité de sa décoration et le prestige de son histoire forcent l’admiration.

La villa Cavrois (Hauts-de-France)

Pour les Hauts-de-France, c’est un bâtiment beaucoup plus contemporain qui a été sélectionné. Construite à l’aube des années 1930 par l’architecte moderne Robert Mallet-Stevens, la villa Cavrois est un manifeste architectural qui tranche avec le style plus industriel et classique de cette région du nord. C’est à l’exposition des Arts Décoratifs de 1925 à Paris que le célèbre architecte rencontre le directeur d’usine Paul Cavrois. Quatre ans plus tard, ce dernier lui confie, en toute confiance, la réalisation de sa future résidence familiale. Celle-ci est l’œuvre qui résume le plus les préceptes et la philosophie de la pensée architecturale de Mallet-Stevens. La villa est extrêmement imposante. Elle est séparée en deux ailes symétriques à la manière des demeures aristocratiques du Siècle des Lumières alors qu’elle est d’une modernité sans précédent et d’un dépouillement total. Acquise par l’Etat en 2001, la villa Cavrois est aujourd’hui ouverte au public et accueille, chaque année, différentes expositions. Atypique, elle est un monument singulier qui ne manque pas d’attirer les amateurs d’art et d’architecture.

Parc du Haut-Fourneau U4 d’Uckange (Grand-Est)

Autre monument singulier, celui choisi pour défendre les couleurs du Grand-Est. Le parc du Haut Fourneau U4 d’Uckange, situé à quelques minutes de Metz, est le dernier vestige métallurgique du XXe siècle appelé à être conservé en France. Pourtant, cette branche de métiers représente toujours l’un des premiers secteurs d’activité dans notre pays. Surnommé le « monstre de fer », le parc du Haut-Fourneau a été construit en 1890 par des investisseurs allemands et est resté actif pendant une centaine d’années. Depuis 2005, la Communauté d’Agglomération du Val de Fensch s’occupe de la réhabilitation du site et valorise ce rare héritage industriel. Le jour, le devoir de mémoire est à l’honneur et le public découvre le site avec d’anciens ouvriers sidérurgistes. La nuit, l’ensemble est sublimé par différentes propositions artistiques audacieuses. La présence de ce site dans cette liste de monuments rappelle à quel point il est important de protéger aussi le patrimoine récent et les derniers témoignages d’une vie qui nous semble proche mais qui fait pourtant déjà partie de l’Histoire.

L’Arsenal de Rochefort (Nouvelle-Aquitaine)

Partons maintenant vers l’une des plus grandes régions de notre territoire : la Nouvelle-Aquitaine. Pour cela, direction le « Versailles de la mer » et l’impressionnant arsenal de Rochefort. Souhaité par le Roi Soleil lui-même, l’arsenal de Rochefort ouvre ses portes en 1666. Actif jusqu’en 1927, ce ne sont pas moins de 550 navires de guerre qui y ont été construits. Le plus célèbre d’entre eux est sans nul doute l’Hermione, une frégate qui permit au marquis de la Fayette de rejoindre les Amériques en 1780 et qui a connu une récente et superbe renaissance. À Rochefort, l’arsenal est le cœur de la ville ; celle-ci a littéralement été créée grâce à la présence de celui-ci. Son bâtiment principal, la Corderie Royale, illustre à merveille la grandeur du règne de Louis XIV. Aujourd’hui, la visiter c’est plonger dans l’histoire de sa création et dans les secrets de tous les chantiers qu’elle a abrité. C’est aussi l’occasion de découvrir un savoir-faire qui a permis à la France de rayonner à travers le monde pendant près de 300 ans.

Le Canal du Midi (Occitanie)

Emblème de notre patrimoine et du paysage de la France, le Canal du Midi relie Toulouse à la mer Méditerranée depuis le XVIIe siècle. Enjeu politique et économique important, sa création a fait l’objet de nombreux projets au cours de notre histoire : Charlemagne, François Ier, Charles IX, Henri IV et même Néron, tous y avaient déjà pensé ! Pourtant, ce n’est que sous le règne du Roi Soleil que le projet final est entrepris et concrétisé par Pierre-Paul Riquet, un languedocien persévérant. La première pierre est posée le 15 avril 1667 et l’ouvrage est inauguré plus de 14 ans plus tard, le 18 mai 1681. Chargé d’inspecter le canal, Vauban entreprend de nouveaux travaux pour le consolider ; les dernières grandes transformations ont été réalisées à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, le Canal du Midi est essentiellement utilisé par des plaisanciers ; il est l’un des lieux incontournables du Sud de la France, synonyme d’été et de vacances.

La cathédrale Saint-Nicolas de Nice (Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Labellisée « Patrimoine du XXe siècle », la cathédrale Saint-Nicolas de Nice est un édifice consacré au culte orthodoxe russe. Construite à partir de 1903 sur l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à la mémoire du fils d’Alexandre II décédé à Nice en 1865, la cathédrale Saint-Nicolas possède une architecture digne des plus beaux bâtiments religieux russes. Inaugurée en 1912, elle est alors la propriété de la famille impériale. Depuis 2011, elle est rattachée au Diocèse du Patriarcat de Moscou qui l’a ouvert au public l’année suivante. Symbole de l’internationalisation des pratiques et des échanges, elle est l’une des cathédrales russes les plus importantes d’Europe occidentale et tient une place importante dans la cœur de la communauté installée ici depuis la fin du XIXe siècle. Pleinement intégrée dans le paysage urbain, elle se distingue néanmoins par son originalité et l’exotisme de son décor.

La chapelle impériale du palais Fesch (Corse)

Direction l’île de beauté pour cet avant-dernier monument ! Il s’agit de la chapelle impériale du palais Fesch d’Ajaccio, édifiée à la demande de l’empereur Napoléon III. Bénie le 9 septembre 1860, elle répond au vœu du cardinal Joseph Fesch de réunir dans un lieu saint les sépultures des membres de la famille Bonaparte. Aujourd’hui, la chapelle abrite celle du prélat ainsi que les cendres des parents de Napoléon Ier dont la mère, Letizia, n’est autre que la demi-sœur du cardinal. Érigée par l’architecte de la Couronne, Alexis Pacard, sublimée par d’imposants trompe-l’œil et surmontée d’une voûte et d’une coupole, elle impressionne par sa sobre beauté et l’élégance de ses décors. Aussi, elle représente une partie importante de l’histoire de la cité corse, berceau de la famille impériale.

Le temple Tamoul Narassingua (La Réunion)

Pour terminer ce tour d’horizon, cap sur l’Océan Indien et la très belle île de La Réunion. Selon la tradition orale, le temple de Tamoul Narassingua a originellement été construit en bois par des travailleurs indiens du quartier dans les années 1860 avec des statues sauvées d’un naufrage. Pour remplacer ces constructions précaires, un nouveau temple est édifié en 1962 ; cette fois, il est fait de pierres et de béton. Organisé selon la tradition indienne qui souhaite que les édifices soient étendus à l’image d’un corps humain allongé, l’architecture du temple est inhabituelle et surprend le visiteur métropolitain. En 1972, la communauté tamoule prend la décision d’embellir le site qui est alors décorée de milliers de statues aux couleurs flamboyantes. Aujourd’hui, le résultat est d’une beauté tout simplement saisissante !

À la lecture de cet article, avez-vous fait votre choix ? Quel est, selon vous, le monument qui mérite le plus d’être consacré « Monument préféré des Français 2020 » ? Quel que soit le résultat, tous méritent une visite et une mise en lumière particulière.

Rendez-vous sur France 3 au mois d’août pour connaître le grand vainqueur ! En attendant, vous pouvez voter jusqu’au 26 juillet : https://www.francetelevisions.fr/et-vous/participer-a-une-emission/le-monument-prefere-des-francais-2915

Bérengère Guicheteau et Pierre Holley