Lieu idéal pour passer des vacances apaisantes et culturelles, la Dordogne est le département de France qui compte le plus grand nombre de châteaux. Agrémentant des paysages naturels déjà stupéfiants, les châteaux du Périgord ont vécu les plus grandes heures de notre histoire. Sans plus tarder, partez à leur découverte et remontez le temps !

Château de Commarque

Remontons le temps pour nous retrouver au cœur du XIIe siècle. Surplombant la vallée de la Beune, le château de Commarque est construit à cette époque pour protéger les terres de l’abbaye de Sarlat. Deux siècles plus tard, les seigneurs de Beynac prennent possession de cette place importante remplaçant le fragile donjon en bois par un solide donjon en pierre. Commarque se développe alors et plusieurs tours et logis y sont construits.

Dans les années qui suivent, l’histoire n’est pas tendre avec le château de Commarque. Pris par les anglais pendant la Guerre de Cent Ans, il est le témoin malheureux de plusieurs batailles importantes et est également grandement endommagé pendant les Guerres de Religion. Une grande période d’abandon du site s’ouvre après la mort de son dernier châtelain, Guy de Beynac, en 1656. Complètement déserté, le château tombe en ruine.

Dans un état de délabrement particulièrement avancé et entièrement recouvert de végétation, la forteresse est sauvée par Hubert de Commarque en 1972. Peu à peu, celui-ci parvient à effectuer d’importants travaux de consolidation et de sauvetage. Grâce à lui et sa famille, le château de Commarque a retrouvé une partie de sa splendeur et est aujourd’hui l’un des joyau patrimonial du Périgord.

Désormais ouvert au public, il se découvre librement ou accompagné d’un guide-conférencier. Lors de la visite, vous êtes invités à découvrir le château médiéval et son donjon, les habitats troglodytiques aménagés dans la roche mais aussi une incroyable grotte préhistorique qui a été découverte sous le pied de la falaise en 1915. Si elle n’est pas directement accessible pour d’évidentes raisons de conservation, elle se dévoile à travers une magnifique exposition de photos et un film récapitulatif projeté dans le donjon. Pour compléter le tout, des ateliers sont inclus dans le billet d’entrée pendant les vacances et le week-end. Ils vous permettent de vous initier aux activités et travaux du Moyen Âge tels que le tir à l’arc, la sculpture sur pierre ou la calligraphie médiévale.

Château de Castelnaud

Au cœur du Périgord, un autre château permet une extraordinaire immersion au cœur du Moyen Âge : celui de Castelnaud.

Initialement bâti au XIIe siècle, Castelnaud est pris par le comte Simon de Monfort en 1214 à l’occasion de la célèbre croisade contre les Albigeois. Celui-ci décide alors de reconstruire entièrement les fortifications ; le donjon et la courtine actuels datent de son époque. Souvent dans le camp des Anglais pendant la Guerre de Cent Ans, Castelnaud est définitivement repris par les Français en 1442. Le roi Charles VII décide alors de le restituer à la famille de Caumont, propriétaires originels depuis la moitié du XIVe siècle.  Ceux-ci renforcent le système défensif de leur demeure en équipant l’enceinte basse et la barbacane de plusieurs canonnières.

Confié au capitaine Geoffroy de Vivans, surnommé « le batailleur », pendant les Guerres de Religion, la réputation effroyable de cet homme éloigne tout assaillant potentiel et permet au château de passer brillamment cette période difficile pour le territoire.

Pour améliorer le confort de cette ancienne forteresse, de nouveaux corps de logis sont aménagés au XVe siècle mais les Caumont décident tout de même de quitter ce lieu, lui préférant la beauté et la modernité de leur nouvelle demeure, le château des Milandes. Dès lors, le château, rarement occupé et définitivement abandonné après la Révolution Française, tombe dans l’oubli et se dégrade ; il est même utilisé comme carrière de pierre au XIXe siècle.

Classé « Monument Historique » en 1966, il a, depuis, fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration. Depuis maintenant trente ans, il accueille le Musée du Moyen Âge et présente une collection de près de 250 armes et armures anciennes. À l’extérieur, d’exceptionnelles machines de jet grandeur nature sont reconstituées : trébuchet, mangonneau, perrière et arbalète. Ouvert tous les jours de l’année, le château de Castelnaud est un incontournable pour les amoureux du Moyen Âge et toutes les personnes curieuses d’en savoir plus sur cette période méconnue et injustement mal-aimée de notre histoire.

Château des Milandes

Construit en 1489 pour la femme du seigneur François de Caumont, le château des Milandes est alors une magnifique demeure de plaisance infiniment plus confortable que les habituelles forteresses médiévales. Peu à peu, grâce à l’agréable lumière que laissent passer les immenses fenêtres à meneaux admirablement décorées de vitraux et aux spacieuses pièces ouvertes sur la vallée, le château des Milandes devient la résidence principale de cette importante famille aristocratique du Périgord et ce, jusqu’à la Révolution Française.

Abandonné, le château est sauvé de la ruine par un éminent industriel sarladais, Charles-Auguste Claverie. Celui-ci achète les Milandes en 1900 et entreprend de titanesques travaux de restauration. Avec de nouvelles tours, un nouveau logis et de magnifiques ornements, le château des Milandes devient une superbe demeure romantique que son propriétaire dote également d’un chai, d’une ferme et d’un joli jardin à la française dessiné par Jules Vacherot.

Cependant, si le château des Milandes est aujourd’hui si célèbre, c’est grâce à sa dernière propriétaire : l’artiste Joséphine Baker. Cette grande figure du music-hall rêve de posséder « un château de conte de fée » depuis sa plus tendre enfance, alors qu’elle vivait la vie difficile d’une petite-fille afro-américaine dans les quartiers pauvres des États-Unis. En 1937, elle tombe sous le charme du domaine et l’achète dix ans plus tard. Avec son mari Jo Bouillon, ils désirent y créer un véritable « village du monde. » Pour cela, ils adoptent douze enfants issus d’origines différentes afin de prouver au monde entier que des enfants de nationalités et de religions différentes peuvent vivre en harmonie. Cette « tribu arc-en-ciel » vit des jours heureux aux Milandes, un château où, grâce aux installations de Joséphine, le confort est extrême. Malheureusement, le train de vie de la famille est extrêmement coûteux et la générosité de Joséphine sans limite ; elle est obligée de quitter les lieux en 1969 et décède six ans plus tard après un retour triomphant sur les scènes parisiennes.

Labellisé « Maison des Illustres », le château des Milandes conserve intact le souvenir de la présence de Joséphine. Cuisine, chambre, salon, salle de bains, le visiteur est immergé dans l’intimité et le quotidien de cette grande figure du XXe siècle. Connue pour ses activités de danseuse et de chanteuse, c’est aussi, et surtout, une femme de tous les combats. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle n’hésita pas à s’engager dans la Résistance Française et lutta, toute sa vie, contre toutes les formes de racisme avec force et vigueur.

Château de Beynac

À seulement cinq kilomètres de Castelnaud, il ne faut manquer sous aucun prétexte la visite de son ennemi juré, le château de Beynac. Dressé au sommet d’une falaise vertigineuse, cette surprenante citadelle domine tout le Périgord. Site unique et emblématique du patrimoine féodal, c’est aujourd’hui l’un des châteaux forts les mieux conservés de France.

Construit au XIIe siècle par la famille de Beynac, la position de cette forteresse est extrêmement stratégique. Bâtie à 150m de hauteur, elle contrôle aisément toutes les voies fluviales et routières qui l’entourent. Rapidement, cela permet aux seigneurs de Beynac de devenir les plus riches de la région puisque toute personne souhaitant traverser le fleuve leur doit une taxe de passage. En 1194, Ademar de Beynac meurt sans héritier direct. Rattaché au Duché d’Aquitaine, le château devient alors la propriété du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, duc d’Aquitaine par sa mère Aliénor. Celui-ci offre la forteresse au routier Mercadier, un fidèle compagnon qu’il avait chargé de protéger ses biens pendant son départ en croisade. Assassiné en 1200, Beynac redevient propriété de sa famille d’origine à la mort de celui-ci. Place forte française pendant la Guerre de Cent ans, le château de Beynac fut le théâtre de nombreuses batailles ; la Dordogne étant, à cette époque, la frontière naturelle entre la France et l’Angleterre.

Depuis 900 ans, cette forteresse domine le fleuve et surveille toute la région grâce à un exceptionnel point de vue qui fit la richesse de la citadelle et dont la découverte est aujourd’hui le clou du spectacle de la visite ! Visite qui permet de découvrir de merveilleuses et authentiques salles comme la salle où se tenaient les États Généraux des quatre baronnies du Périgord, un oratoire à la décoration splendide et de magnifiques cuisines qui datent du XIIIe siècle.

Aujourd’hui, le château appartient à Alberic de Montgolfier. Celui-ci en a hérité de Lucien Grosso, un industriel ayant acheté le château aux enchères en 1962, consacrant dès lors le reste de sa vie à sa restauration et son embellissement. Ouvert tous les jours, il permet de s’imprégner de la vie de grands seigneurs du Moyen Âge et permet d’observer, du haut du donjon, ce splendide et unique point de vue sur la vallée.

Château de Hautefort

Joyau du Périgord, le château de Hautefort a lui aussi été construit au Moyen Âge. Entièrement remanié à l’époque classique, il présente aujourd’hui de sublimes décors datant du XVIIe siècle, chose très rare dans cette région à la forte dominance médiévale.

Premier propriétaire des lieux, Guy de Lastours fait construire Hautefort aux alentours de l’an mil. Au XIIe siècle, sa forteresse entre en possession de la famille de Born composée de deux frères aux idées radicalement opposées. Le premier, Constantin, prend le parti de Richard Cœur de Lion tandis que le deuxième soutient Henri, frère déshérité de ce dernier. Au XVe siècle, le château devient propriété de la famille de Gontaut qui prend finalement le nom, les armoiries d’Hautefort et change entièrement la physionomie du château.

Celui-ci connaît sa période la plus faste au XVIIe siècle, époque où il perd toute fonction défensive pour devenir une demeure de plaisance digne du Grand Siècle. Composé d’un corps de logis et de deux ailes en retour d’équerre accompagnées de tours circulaires, il ressemble alors davantage aux châteaux de la Loire qu’à ceux de sa région. Premier écuyer d’Anne d’Autriche puis conseiller du roi, Jacques-François de Hautefort devient un personnage important. Sa sœur, Marie de Hautefort, accueillie avec les honneurs à la Cour de France, devient la favorite du roi Louis XIII. Propriété de la famille jusqu’à la fin du XIXe siècle, Hautefort est vendu en 1890 à un certain Bertrand Artigues. Décédant sans héritier, le château connaît alors une période difficile jusqu’à ce qu’en 1929, le baron Henry de Bastard tombe amoureux du site et décide de le sauver de la ruine.

Aujourd’hui, le château d’Hautefort et ses jardins à la française du XVIIe siècle se visitent librement ou accompagnés d’un guide. L’été, il est possible de visiter le château de nuit tous les mercredis soirs. Accompagné de Catherine d’Hautefort, sœur du marquis Jacques-François, le visiteur vit alors une expérience réellement magique dans laquelle le château révèle toute l’étendue de sa beauté.

Bérengère Guicheteau et Pierre Holley