Construit à partir XVIe siècle par Jean Le Breton, ministre des Finances de François Ier, et connu dans le monde entier pour la qualité et l’intelligence de ses jardins, le château de Villandry, situé au cœur du Val de Loire, est un fleuron de notre patrimoine qui n’a rien à envier à ses imposants voisins.

Une riche programmation culturelle  

Ouvert chaque année entre février et novembre, le château de Villandry s’attache à proposer à ses visiteurs une riche programmation culturelle tournée autour de la découverte de sa richesse paysagère. L’événement national des « Rendez-vous au jardin », organisé chaque année le premier week-end du mois de juin, inaugure plusieurs manifestations mettant les ceux-ci à l’honneur. En été, il est en effet possible de déambuler dans les célèbres allées de Villandry à la lueur des chandelles à l’occasion de quatre « Nuits aux Mille Feux ». Enfin, les « Journées du Potager » début octobre permettent aux visiteurs de rencontrer les jardiniers du château afin d’en apprendre un peu plus sur leur absolu savoir-faire. De nombreux exposants sont également présents pour donner des conseils et présenter leurs produits et créations. Toute l’année, de nombreuses autres animations sont proposées au château, notamment à destination des familles. Dans les jardins, le lieu préféré des enfants est sans conteste le labyrinthe de charmille, un lieu où l’on peut jouer à se perdre et où l’on découvre différentes énigmes à résoudre. Pour les parents, et pour favoriser les échanges entre les membres d’une même famille, huit tableaux d’interprétation sont disposés dans le jardin. Ils permettent de comprendre l’évolution historique de celui-ci. C’est bien cela que cherche prioritairement le visiteur lorsqu’il vient visiter un site tel que le château de Villandry. Mais alors, quelle est son histoire ? Intéressons-nous-y dès maintenant !

Près de 500 ans d’histoire

Le 25 janvier 1515, un jeune homme de 20 ans réputé humaniste et éclairé accède au trône de France sous le nom de François Ier. Très vite, il décide de poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs en tentant de conquérir son « héritage » italien. Frappé par la suprématie de la beauté artistique et esthétique de ce pays, il décide, à son retour en France, de mener une politique culturelle visant à concurrencer ce que l’Histoire appellera plus tard « la Renaissance italienne ».

Pour ce faire, il décide de faire construire en Val de Loire, sa terre de prédilection, de magnifiques demeures qui n’ont plus rien à voir avec les froides forteresses du Moyen Âge. Se concentrant sur le colossal chantier de Chambord, il laisse à ses secrétaires et ministres royaux le soin de construire leur propre château. Jean Le Breton, son ministre des Finances, choisit alors la terre de Villandry. À son arrivée, en 1532, il rase l’ancienne forteresse pour n’en garder que le donjon et s’attèle à l’édification de trois corps de logis ouverts sur le Cher et la Loire. L’architecture du nouveau château prend peu à peu tous les codes de l’époque : fenêtres à meneaux entourées de pilastres, galeries à arcades, hautes lucarnes, toit d’ardoise, formation d’une cour d’honneur. Surtout, l’architecture répond à un code principal, celui de la symétrie et de l’ordre ! Néanmoins le style, plus simple que celui d’autres château comme Azay-le-Rideau, est d’apparence très simple, il préfigure ce qui sera plus tard connu sous le nom de « style Henri IV ». Cependant, si Villandry se distingue clairement de ses voisins, c’est surtout par l’incroyable harmonie qui voit le jour entre nature et architecture, par l’incroyable beauté et l’inventivité exceptionnelle de ses jardins.

Pour l’instant, restons à l’intérieur et intéressons-nous aux propriétaires successifs qui, tous, ont apporté leur pierre à l’édifice et ont participé à l’embellissement et au rayonnement culturel de ce château.

Resté dans la famille de Jean Le Breton pendant près de deux siècles, il est acquis pour la première fois en 1754 par le marquis Michel-Ange de Castellane, ambassadeur du roi Louis XIV issu d’une riche famille de la noblesse provençale. Riche d’une culture Grand Siècle, le marquis de Castellane ne se contente pas d’une demeure Renaissance désormais jugée incommode. Le nouveau propriétaire de Villandry s’emploie donc à remanier l’intérieur en lui apportant un confort moderne et lui donne son style néoclassique. Ne manquez pas la salle à manger du marquis et son escalier, de style Louis XV. Depuis 1934, ils sont tous deux spécifiquement classés Monuments Historiques. Les jardins sont également modifiés pour être agencés à la française. À sa suite, différents propriétaires se succèdent dont le frère de Napoléon, Jérôme Bonaparte.

En 1906, Villandry est acquis par le docteur Joachim Carvallo et son épouse américaine Ann Coleman. Le couple consacre toute sa fortune et son énergie à la restauration du château qui retrouve la splendeur de ses façades Renaissance. Aujourd’hui, le château de Villandry appartient à l’héritier du couple qui a su lui rendre sa beauté originelle, Henri Carvallo, arrière-petit-fils d’Ann et Joachim.

Une entreprise privée

Il y a 22 ans, Henri Carvallo a abandonné son poste d’ingénieur pour se consacrer à la mission familiale : développer et sublimer le château de Villandry et ses jardins. Une entreprise colossale détaillée dans un merveilleux ouvrage qu’Henri a écrit avec son père Robert en 1998. Le château de Villandry est disponible aux Editions Plume.

En été, le château de Villandry est quotidiennement entretenu et occupé par une équipe de 50 personnes. Le propriétaire actuel estime faire au moins trois fois par jour le tour du domaine pour vérifier que tout est en ordre. Sa volonté est clairement affichée : « offrir de la beauté et du plaisir aux visiteurs. » En 1970, le château en accueillait 50 000 ; en 2015, multiplié par 7, ce chiffre avait atteint les 350 000, faisant de Villandry le cinquième château le plus visité du Val de Loire après Chambord, Chenonceau, Amboise et Chaumont-sur-Loire. Si Villandry connaît un tel succès c’est grâce à la qualité de sa gestion, la richesse de ses intérieurs qui mettent particulièrement à l’honneur Ann et Joachim mais c’est aussi, et peut-être surtout, grâce à la spectaculaire beauté de ses jardins où ordre, harmonie et perfection sont les maîtres-mots.

Des jardins d’exception

Grâce à de nombreux tableaux différents, les jardins de Villandry nous invitent à une véritable découverte de l’art du paysagisme dans laquelle évasion et dépaysement sont garantis.

L’intérêt des jardins de Villandry réside dans leur exceptionnelle esthétique mais aussi dans le fait que tout y est symbole et poésie. Les « jardins d’Amour », par exemple, représentent, en quatre parterres, les différents stades du sentiment amoureux : l’amour tendre, l’amour passionné, l’amour volage et l’amour tragique. Elément incontournable du jardin, le labyrinthe fait référence à celui créé par Dédale pour y cacher le Minotaure dans la mythologie grecque et représente également le cheminement de la vie : le centre du labyrinthe est ainsi, symboliquement, le lieu où l’âme rencontre Dieu. Dans le deuxième salon du jardin d’ornement, c’est la musique qui est à l’honneur : les triangles représentent des lyres et chaque if, tous taillés en forme de candélabre, symbolise la partition. Point d’orgue des jardins de Villandry, le potager, de style Renaissance, se compose de neuf carrés dans lesquels les couleurs sont harmonieusement séquencées pour « donner au regard l’illusion d’un damier multicolore. »

La promenade dans les jardins de Villandry invite à l’émerveillement. Extrêmement différents selon l’endroit où l’on se trouve, ils sont un lieu de détente merveilleux où l’on ne cesse d’aller de surprises en découvertes.

L’histoire de Villandry, la richesse de ses intérieurs, la beauté de ses jardins et l’énergie déployée par la famille Carvallo pour vous le faire découvrir, font de Villandry un lieu incontournable du Val de Loire ! Pour en profiter au mieux, nous vous conseillons d’y passer la journée. Il y a tant de belles choses à voir et tant d’animations proposées que celle-ci passera, vous le verrez, à une vitesse incroyable. Entièrement privé et recevant peu de subventions publiques, ce domaine aura, sans aucun doute, besoin d’un fort soutien en 2020 !

Bérengère Guicheteau et Pierre Holley.